11 novembre à Montbellet

La cérémonie du 11 novembre bien que pluvieuse à réunit petits et grands autour du monument au mort.

Les enfants de l’école encadré de Mme Montméas (directrice de notre école) ont lu ce texte que nous avons souhaité partager avec vous:

« Nous allons vous lire un extrait d’un album dont le titre est « Lulu et la grande guerre ». Voici une lettre de Charles, qui est soldat, et la réaction de sa sœur Lucienne.

Ma Lulu,

Nous sommes dans la région Verdun depuis une dizaine de jours. Ici, les combats font rage. Il pleut sans arrêt et nos tranchées sont remplies de boue. Les rats courent partout. Ils mangent nos provisions, rongent nos chaussures et nous mordent quand on essaie de dormir. Nous sommes tous épuisés…et très sales. Cela fait plus de huit jours que je porte la même chemise ! Les poux et la vermine nous bouffent de partout.

Autour de nous, le paysage ne ressemble plus à rien. Il n’y a que des fils de fer barbelés et des trous d’obus plein d’une eau saumâtre. Quand on veut se creuser un abri, on tombe tout de suite sur des morts. Un obus recouvre les cadavres de terre, un autre les exhume de nouveau. C’est inimaginable !

Martin est revenu parmi nous. Sa blessure est guérie et un officier a décidé qu’il était grand temps qu’il reprenne un fusil. Ambroise a de plus en plus de mal à supporter l’absence de ses enfants. Il ne parle plus beaucoup et se renferme sur lui-même. Heureusement, les nombreux colis de Célestin nous permettent de ne pas mourir de faim, car la soupe, toujours froide, est infâme. L’imagination de ceux d’en face est infinie. Ils nous envoient depuis quelques jours des gaz mortels si on oubli d’enfiler nos masques. J’ai vu des collègues cracher leurs poumons à cause de ces nappes nauséabondes. Jusqu’où ira cette folie ? Hier, j’ai découvert une fleur juste à côté de l’abri ou nous passons nos journées. Comment a-t-elle pu pousser dans un endroit pareil ? C’est sûrement une erreur ! Alors, je te l’envoie : pour qu’elle ne reste pas ici. Ce n’est pas un endroit pour une fleur ! D’ailleurs, ce n’est un endroit pour personne. Ça fait plus de 500 jours que je suis parti. Quand vont-ils nous sortir de ce bourbier ? Mon plus grand souhait en ce moment serait de me glisser dans cette enveloppe pour rentrer au village, et préparer avec toi la fête de la saint Julien.

 

Je t’embrasse

Charles   »

 

 

 

Auteur de l’article : Jean Eric Poggi