Maison du Temple de Montbellet

Département: Saône-et-Loire, Arrondissement: Mâcon, Canton: Lugny — 71

Montbellet en Maconnais, seigneurie qui dépendait de la commanderie de Châlon par succession des Templiers ayant eu une maison en ce lieu, laquelle est citée et indiquée plusieurs fois dans leur procès en 1309, ainsi: « Domus ordinis vocata Montebeleti, Matisconensis diocesis. » Une belle propriété était attachée à sa chapelle qu’on nommait « Sancte Catherine de Murcey. »
Sources: César Lavirotte — Mémoire Statistique sur les Etablissements des Templiers et des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem en Bourgogne — Membre de la Société française pour la conservation des Monuments — 1852.

La Maison du Temple de Montbellet
Nous ne voulons pas nous attarder sur la question de la fondation du Temple de Montbellet dont nous avons déjà dit un mot au sujet de la chapelle. Les précieux sacs, contenant les titres de fondation, encore existant au XVIIIe siècle, sont malheureusement perdus.

D’après un travail récent Les débuts de l’Ordre du Temple en France de M. Victor Carrière, l’ordre des Templiers fut à ses origines, et à cause de son fondateur Hugues de Payns, une institution essentiellement champenoise qui prit naissance au Concile de Troyes, le 13 janvier 1128; parmi les évêques et les grands féodaux présents, presque tous sont Champenois, mais on relève cependant, parmi les étrangers à cette province, quelques évêques ou abbés bourguignons des pays limitrophes (évêque d’Auxerre, abbé de Cîteaux, de Pontigny, de Saint-Etienne de Dijon, de Molesme); parmi ceux-ci se trouve un féodal dont le nom est significatif et très intéressant, en ce qui nous concerne, c’est Hugues, comte de Mâcon, abbé de Pontigny.

Après ce concile, Hugues de Payns parcourut la chrétienté pour faire du prosélytisme; il alla d’abord en Anjou, en Poitou, puis en Flandre, enfin en Angleterre d’où il revint avec de nombreuses recrues; les nobles avaient partout, avec enthousiasme, répondu à son appel. En retournant en Terre Sainte, il descendit la vallée du Rhône avec un important cortège de chevaliers portant le manteau blanc de la nouvelle milice du Christ.

En Bourgogne, saint Bernard se fit le propagateur de l’ordre naissant avec un zèle enflammé. Aussi l’historien du Temple Mansuet a pu dire au XVIIIe siècle: « A peine sept ou huit ans s’étaient écoulés depuis la confirmation de l’ordre qu’on le vit s’étendre prodigieusement. Les donations qu’on leur fit (aux Templiers) n’étaient pas des terrains incultes ou à défricher, comme ceux que recevaient les disciples de saint Norbert ou de saint Benoît, c’étaient des châteaux, des fiefs, des forts, des bourgades avec leurs appartenances. »
A quelle époque se place la fondation du Temple Sainte-Catherine de Montbellet ? Il nous est absolument impossible de donner une réponse à cette question. Tout ce que l’on peut dire sur ce point sont des conjectures.

Le Temple Sainte-Catherine n’est cité, à notre connaissance, par aucun titre antérieur au XIVe siècle, alors que nous avons des actes mentionnant le temple de Rougepont, dès le début du XIIIe siècle. Le temple de Rougepont était une annexe de celui de Montbellet au moment de la réunion des biens des Templiers à ceux des Chevaliers de Saint-Jean en 1313, mais en 1255 il ne relevait que du Temple de l’Aumusse près de Mâcon.
Pour toutes ces raisons nous estimons, jusqu’à preuve du contraire, que la fondation du Temple Sainte-Catherine est contemporaine de la construction de son église, c’est-à-dire de la fin du XIIIe siècle.

En ce qui concerne les fondateurs on ne peut faire que des suppositions. Faut-il les rechercher dans la puissante famille de Montbellet ?
Faut-il les trouver parmi les seigneurs de Grenod qui avaient une chapelle privée dans l’église même du Temple ?

Nous ne saurions donner la préférence à aucune de ces deux hypothèses bien que penchant plutôt pour la seconde. A l’appui de la première rappelons en revanche que Frère Jean de Montbellet, commandeur de Launay (Launay, commune de Saint-Martin-sur-Oreuse (89), diocèse d’Autun, figura aux Procès des Templiers (1310-1313).

C’est dans cette période, qui va de la fondation du Temple de Montbellet à la suppression de l’Ordre (1310-1314), que la Commanderie de Sainte-Catherine fut à son apogée. Nous n’avons rien malheureusement ou presque rien concernant cette époque. Nous savons seulement par un texte reproduit par Niepce dans le Grand Prieuré d’Auvergne, p. 217-241 «
Sic: Maison du Temple de Chalon-sur-Saône, Maison fondée au XIIe siècle par les Templiers, cédée plus tard au Grand-Prieuré de Champagne.
Ses membres étaient en dernier lieu:
Sainte-Catherine, paroisse de Montbellet, près de Macon;

Le Temple de Sevrey, près de Chalon-sur-Saône;
Bois (Boye);

Sevry, chef-lieu de commune, Chalon-sur-Saône, Le commandeur du Temple de Chalon doit au seigneur de Sevrey et à ses officiers un fromage qu’ils vont chercher, avec fanfare et musette, le jour de l’Ascension au lieu de la Maison du Temple près de Sevrey, contre le bois (description du Chalonnais M. Coutépée, T. IV, page 193 »;

Buissy en Chacort — Buxy (Buxum, Buxiaum, Bussiacum en Chaonois ou Chonois), Saône-et-Loire, chef-lieu de commune. Le Temple de Buxy était près les bois (M. Courtépée, T. IV);

Montret, à deux lieues de Louhans, Saône-et-Loire, sur la route de Chalon à Louhans, chef-lieu de canton, appelé anciennement Monteray;

Rougepont, commune de Jugy, Saône-et-Loire, sur le ruisseau de Merderix, anciennes limite du Chalonnais et du Maconnais, ferme dont les ruines ont été rasées après 1830;

Montbellet, en latin Mons Belleti, XIIe siècle, canton de Lugny, Saône-et-Loire, chef-lieu de commune, dîmes à Saint-Oyen (Saint-Ouin). »

Et qu’au moment de sa réunion à l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, le Temple de Montbellet possédait dans ses dépendances le Temple de Rougepont et des biens à Saint-Oyen, et qu’il dépendait de La Langue et du Grand-prieuré d’Auvergne ainsi que de la baillie de la Commanderie de La Marche (Commune de Charoux (23).

Peu après la réunion du Temple de Montbellet à l’ordre de l’Hôpital en 1333, il fut procédé par Jean de Paroy, juge d’appel de Lyon pour le roi de France, à une enquête sur la valeur des revenus des biens des hospitaliers de Saint-Jean et plus particulièrement de ceux provenant de l’ancien ordre du Temple.

On peut par cette enquête se rendre compte de l’importance du Temple Sainte-Catherine à l’époque des Templiers, car il est peu probable que ces revenus aient notablement changé entre 1313 et 1333.

Voici l’extrait de cette enquête concernant Montbellet (d’après Charmasse):
C’est la prins de la Maison de Mont-Bellot qui fut jadis du Temple: Premièrement en rantes de deniers déhues en divers lieux par menues parties: 6 livres.

Item 4 bichez de froment de rante, 4 bichez de seigle et 6 bichets d’avoyne qui sont estimez, l’un parmi l’autre, à la somme de 100 sols tornois.

Item 20 gélines, 6 deniers la géline, valant 10 sols.
Item 12 livres de cire, qui sont converties pour l’usaige de la chapelle.
Item 60 ouvrées de vigne, l’ouvrée 5 sols, valant 5 livres.
Item 40 soitures de prés, la soiture estimée à 5 sols, valent 10 livres.

Item environ 70 journaux de terres gaynable, le journal 2 sols, 6 deniers, valent 8 livres, 15 sols.

Item pour un molin qui est estimez 6 bichez de blé mouture, le bichet où pris de 6 sols, valent 36 sols.

Item la disme déhu en certain lieu à Saint-Ouein, qui vaut environ 5 bichez de blé commun, le bichet estimé à 6 sols, valent 30 sols.

Item en ladite maison à environ cent journaux de menus bois qui se gastent en l’usage de la maison.
Sources: G. Jeanton — Annales de l’Académie de Macon — Troisième série Tome XX — 1916-1917 — Protat Frères, Imprimeurs.